L’Ordre du Temple devint le trésorier et le banquier des rois, des bourgeois et des clercs. Les templiers de Paris obtinrent la garde du trésor royal lors du règne de Louis IX (Saint-Louis). Les pouvoirs politique, financier et religieux de l’Ordre ne purent que susciter la jalousie et ils se firent des ennemis.
Leur ennemi, le plus redoutable de tous, fut sans conteste Philippe le Bel. En 1306, il confisqua les biens des Juifs, les tortura puis les bannit afin de s’enrichir. Il entra en conflit ouvert avec le pape Boniface VIII. Boniface voulait élever la puissance spirituelle au-dessus de la puissance temporelle et prétendait disposer des trônes, mais c’est avec Philippe le Bel que ses démêlés furent les plus virulents, tout au long de son pontificat.
Boniface délia les sujets de Philippe le Bel de leur serment de fidélité et prononça contre lui trois bulles pontificales dont la fameuse Unam Sanctam, prônant la supériorité des papes sur les rois ; la suprématie du spirituel sur le temporel. Il prononça également une bulle d’excommunication, mais elle ne fut jamais publiée, car le Philippe le Bel fit appel au Concile et lui envoya une armée qui le fit prisonnier à Anagni.
Boniface VIII fut arrêté le 8 septembre 1303 par Guillaume de Nogaret, le nouveau conseiller du roi, qui, selon les ordres de Philippe le Bel, voulait l’amener en France et le faire juger par un concile. Boniface tomba malade à la suite à de mauvais traitements et mourut au bout d’un mois à Rome le 11 octobre 1303.
Pour s’approprier cette fortune, il devait avoir sous la main un pape qui lui soit soumit. Il fit placer sur le trône pontifical Clément V et l’installa à Avignon dans le Sud de la France pour mieux le contrôler. Il est fort possible que, par Clément V, Philippe le Bel prit connaissance de l’existence de l’Arche de l’Alliance récupérée par les Templiers. Cela expliquerait encore plus son acharnement à les détruire. En acquérant l’Arche, il s’octroierait un pouvoir spirituel et temporel.
Le 24 juin 1307, à Paris, Jacques de Molay eut un entretien avec Philippe le Bel au sujet des accusations pesant contre son ordre. Philippe se fit rassurant. De Molay rentra à Poitiers et demanda au pape d’ouvrir une enquête pour laver promptement l’Ordre des rumeurs et des accusations qui circulaient sur son compte. Le pape annonça qu’une enquête serait lancée le 24 août.
Philippe réagit aussitôt, le 14 septembre, dans le plus grand secret, en envoyant des ordres d’arrestation dans tout le royaume de France, avec instructions de n’ouvrir ces ordres que la veille du 13 octobre 1307. La journée fatidique du vendredi, les Templiers sont arrêtés, mis en prison et torturés pour leur faire admettre l’hérésie dans leur ordre. Jacques de Molay fut arrêté comme les autres, à Paris où il se trouvait dans l’intention d’assister aux funérailles de Catherine de Valois, la belle-sœur du roi Philippe le Bel. Il fut incarcéré à Paris, au palais royal de Chinon et au château de Gisors.
Après l’arrestation des Templiers, Philippe le Bel se rendit immédiatement à la commanderie de Paris, chercher ce qu’il convoitait. Il n’y trouva absolument rien. Je crois que c’est pour cela que les commissaires royaux interrogèrent les Templiers sous la torture avant de les remettre aux inquisiteurs dominicains. Philippe le Bel n’obtint pas les aveux souhaités, ni le trésor convoité.
Pour ce qui est du trésor monétaire, je crois bien qu’il n’en avait pas ou si peu — la majorité des fonds allant en Orient, afin de soutenir les onéreuses activités de l’Ordre — et cela importe peu pour la compréhension de notre histoire, le trésor historique et spirituel étant plus important que tout l’or du monde.
Si les Templiers furent arrêtés et jugés, ce n’eut pu être qu’avec la complicité de l’Ordre Noir du Temple. Ils ne pouvaient qu’être au courant pour transférer le trésor la veille du 13 octobre. Soyons clairs ! Même si les choses n’ont pas tourné comme cela était attendu de sa part, l’Ordre du Temple avait les moyens de faire rendre gorge à qui que ce soit, fut-il roi ou pape. Si l’Ordre Noir n’en a rien fait, c’est qu’il considérait que l’Ordre des Templiers s’était détourné de sa mission d’origine, qu’il s’était fait trop d’ennemis et qu’il était temps de le laisser disparaître et de le faire vivre sous le sceau du secret.
Beaucoup de chevaliers échappèrent aux arrestations en Angleterre, grâce notamment au roi d’Écosse qui permit à l’Ordre de poursuivre des activités clandestines dans les Îles Britanniques. La rumeur raconte que cette survivance de l’Ordre du Temple est à l’origine de la Franc-maçonnerie. Il serait plus exact de dire que c’est cette survivance, amalgamée à l’Église d’Angleterre, qui a forgé la Franc-maçonnerie. Le Portugal, allié depuis toujours aux Templiers, les jugea, mais les reconnut innocents.
L’Ordre du Temple fut officiellement dissous en 1312. Quelques années plus tard, nous retrouverons plusieurs courants affirmant être la résurgence de l’Ordre du Temple. Outre la franc-maçonnerie, nous avons la Milice de Jésus Christ, Chevaliers du Christ ou Ordre du Christ, qui se perpétua pendant des siècles. De ce nouvel Ordre, nous retrouvons de célèbres navigateurs tels Vasco de Gamma, un juif converti, et Christophe Colomb, un marrane ; Les Chevaliers du Gül — la Rose, en persan — où un acte officiel a été passé entre le pape Jean XXII et les chevaliers sous cette appellation ; les Frères Ainés de la Rose Croix, se réunissant dans le plus grand secret à la commanderie de Montfort-sur-Argens le 26 juillet 1333, pour ne nommer que ceux-là.
Les biens et possessions des Templiers furent en grande partie distribués aux Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem ou Chevaliers de Saint Jean. Certains ex-templiers entrèrent dans cet Ordre, et d’autres devinrent prêtres séculiers.
Après la chute de Jérusalem, les Chevaliers de Saint Jean s’enfuirent de la Terre sainte et s’établirent, les années suivantes, dans différentes îles de la Méditerranée. Ils empruntèrent les noms de ces îles pour désigner leur ordre, c’est ainsi qu’ils prirent l’appellation de Chevaliers De Rhodes et, plus tard, de Chevaliers De Malte. Ils s’agrandirent jusqu’à devenir une puissance militaire et marine étonnante en Méditerranée, avant d’être vaincus en 1780 par Napoléon. En 1834, leur siège principal fut transféré à Rome où ils sont connus, aujourd’hui.




